{"id":16355,"date":"2022-04-21T13:10:45","date_gmt":"2022-04-21T12:10:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/?p=16355"},"modified":"2022-06-10T10:06:13","modified_gmt":"2022-06-10T09:06:13","slug":"textes-de-latelier-decriture-2021-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/textes-de-latelier-decriture-2021-2022\/","title":{"rendered":"Textes de l&rsquo;atelier d\u2019\u00e9criture 2021-2022"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-white-color has-text-color has-background\" style=\"background-color:#773030\">L&rsquo;Aphyllanthe a le plaisir de vous pr\u00e9senter une s\u00e9lection des textes des participants \u00e0 l&rsquo;atelier d\u2019\u00e9criture anim\u00e9 par Sylvie Reymond-Bagur depuis l&rsquo;automne 2021.  <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-aab-accordion-block aab__accordion_container\" style=\"border:1px solid #0000ff;margin-top:0px;margin-bottom:15px;border-radius:0px\"><div class=\"aab__accordion_head aab_right_icon\" data-active=\"false\" style=\"color:#333333;background-color:transparent;padding:10px 15px 10px 15px\"><div class=\"aab__accordion_heading aab_right_icon\"><h4 class=\"aab__accordion_title\" style=\"margin:0;color:#333333\">La ville mati\u00e8re : Daniel Viard<\/h4><\/div><div class=\"aab__accordion_icon\" style=\"color:#333333;background-color:transparent\"><span class=\"aab__icon dashicons dashicons-plus-alt2\"><\/span><\/div><\/div><div class=\"aab__accordion_body \" role=\"region\" style=\"background-color:transparent;border-top:1px solid #0000ff;padding:10px 15px 10px 15px\">\n<p class=\"has-light-gray-color has-green-background-color has-text-color has-background\">Le chemin semblait avoir perdu sa fin, l\u2018endroit o\u00f9 il doit s\u2019arr\u00eater comme le font les chemins de bonne compagnie. Au sommet d\u2019un raidillon apparut soudain une tache claire incrust\u00e9e sur le vert sombre des arbres qui pouvait \u00eatre au choix une ville, un village, un mirage. Rassur\u00e9s enfin sur les bonnes intentions de ce chemin nous n\u2019avions plus qu\u2019\u00e0 le suivre.<\/p>\n\n\n\n<p>La tache disparut tr\u00e8s vite d\u00e9s la premi\u00e8re descente pour r\u00e9appara\u00eetre \u00e0 la mont\u00e9e suivante. Ainsi commen\u00e7a un jeu de cache-cache qui s\u2019agr\u00e9mentant aussi de d\u00e9tours la montrait parfois plus lointaine comme si pour se jouer de nous elle s\u2019\u00e9loignait \u00e0 mesure de notre avanc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un long moment, une grande patience et une bonne soif les contours de la tache s\u2019estomp\u00e8rent pour nous laisser voir plus nettement la forme et le relief d\u2019un village. La masse d\u2019argile commen\u00e7a \u00e0 prendre forme comme si la main d\u2019un sculpteur invisible s\u2019\u00e9tait soudain mise au travail. Elle fa\u00e7onnait au rythme de nos pas des boulettes en forme de maisons plut\u00f4t petites mais aussi des habitations plus imposantes surmont\u00e9es par une sorte de campanile, manche d\u2019un couteau plant\u00e9 au milieu de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>Argile claire, une peu jaun\u00e2tre, un peu blanch\u00e2tre, un village simple comme \u00e9lastique encore en train de cuire \u00e0 la chaleur d\u2019un soleil accablant. Des maisons dispers\u00e9es d\u2019abord, puis serr\u00e9es les unes contre les autres comme pour se prot\u00e9ger des ardeurs du feu \u00e0 l\u2019action. Une premi\u00e8re rue large, crayeuse et vide. Et comme dans un four la chaleur et cette lumi\u00e8re que se renvoyait les fen\u00eatres oppos\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Rue apr\u00e8s rue la m\u00eame monotonie, sculpteur sans inspiration, village uniform\u00e9ment terne et sans vie. Et toujours rien pour tuer le soif qui nous martyrisait le gosier\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous un arbre rabougri, un rare coin d\u2019ombre, un vieux un peu ratatin\u00e9 somnolait sur une chaise. Peut-\u00eatre un vieux dur \u00e0 cuire laiss\u00e9 en sentinelle ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qu\u00e9 tal hombre ! o\u00f9 peut-on boire une grande bi\u00e8re fraiche dans ce pays ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous n\u2019avez vraiment pas de chance. Aujourd\u2019hui c\u2019est la f\u00eate de village, ils sont tous partis dans les grands pr\u00e9s beaucoup plus loin pour boire et danser, manger, rire et s\u2019aimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Daniel Viard&nbsp;: septembre 2021<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-aab-accordion-block aab__accordion_container\" style=\"border:1px solid #0000ff;margin-top:0px;margin-bottom:15px;border-radius:0px\"><div class=\"aab__accordion_head aab_right_icon\" data-active=\"false\" style=\"color:#000000;background-color:transparent;padding:10px 15px 10px 15px\"><div class=\"aab__accordion_heading aab_right_icon\"><h4 class=\"aab__accordion_title\" style=\"margin:0;color:#000000\">Une sc\u00e8ne avec un miroir : Claire Lasserre<\/h4><\/div><div class=\"aab__accordion_icon\" style=\"color:#333333;background-color:transparent\"><span class=\"aab__icon dashicons dashicons-plus-alt2\"><\/span><\/div><\/div><div class=\"aab__accordion_body \" role=\"region\" style=\"background-color:transparent;border-top:1px solid #0000ff;padding:10px 15px 10px 15px\">\n<p class=\"has-white-color has-green-background-color has-text-color has-background\">Elle se regarda avec bienveillance et \u00e9motion et se rem\u00e9mora le chemin parcouru\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-color has-green-background-color has-text-color has-background\">Lorsqu&rsquo;elle a achet\u00e9 cette maison qui l\u2019\u00e9blouissait et la fascinait d\u00e9j\u00e0 , elle n&rsquo;avait pas vraiment remarqu\u00e9 qu&rsquo;il y avait, incrust\u00e9s ou accroch\u00e9s aux murs des diff\u00e9rentes pi\u00e8ces des miroirs\u2026et pas des moindres\u2026.de grands miroirs, imposants, occupant parfois tout un pan de mur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette maison qui lui semblait magique, ces miroirs agrandissaient les pi\u00e8ces, les faisaient se r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 l&rsquo;infini\u2026.on n&rsquo;en voyait pas la fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fut subjugu\u00e9e par la magie du lieu magnifi\u00e9 par la r\u00e9flexion de la lumi\u00e8re \u00e9clatante, chaude, augmentant, s&rsquo;il \u00e9tait encore possible, la luminosit\u00e9 de cette r\u00e9gion pourtant d\u00e9j\u00e0 baign\u00e9e de lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, elle tomba instantan\u00e9ment sous le charme, \u00e9mue \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, de cette maison \u00e9clair\u00e9e de mille feux, sans penser \u00e0 l&rsquo;essentiel !<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne s&rsquo;aimait pas, \u00e9vitait le plus possible de se regarder dans un miroir, tant elle trouvait son image peu conforme aux canons de la beaut\u00e9 qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait fix\u00e9s. Comment faire, alors, quand, de la chambre au salon, de la salle de bains \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e, votre image vous suivait partout ? S&rsquo;\u00e9viter toute la journ\u00e9e, du lever au coucher, la belle affaire ! Regarder en face son corps, ses cheveux, ses mouvements, ses mimiques, sa fa\u00e7on de manger, de parler, son corps vieillissant ? Regarder son image, sa v\u00e9rit\u00e9, tout cela lui sembla difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, dans sa prime jeunesse, elle se regardait beaucoup, s&rsquo;observait, rectifiant une attitude, une m\u00e8che indisciplin\u00e9e , un v\u00eatement mal ajust\u00e9, tr\u00e8s attentive \u00e0 l&rsquo;image qu&rsquo;elle donnait d&rsquo;elle-m\u00eame dans le but de s\u00e9duire. Elle se satisfaisait de son image.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ann\u00e9es aidant, elle commen\u00e7a \u00e0 s&rsquo;\u00e9viter, \u00e0 critiquer ceux qui se regardaient sans cesse dans les miroirs, m\u00eame si vous \u00e9tiez en conversation avec eux, le regard perdu dans l&rsquo;image d&rsquo;eux m\u00eame, au lieu de soutenir votre regard. Elle se fuyait, se maquillait furtivement dans sa salle de bain, toujours plus vite, en passant\u2026. Le reflet d&rsquo;elle ne  correspondait plus \u00e0 ce qu&rsquo;elle aurait voulu voir d&rsquo;elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment faire, alors, dans cette maison aux miroirs qui captaient sans cesse son image ? Bient\u00f4t, on se serait cru dans un palais des glaces, presqu\u2019une histoire de f\u00eate foraine. Sans compter qu&rsquo;ils ne lui renvoyaient pas tous la m\u00eame image ! Certains l&rsquo; avantageaient, d&rsquo;autres non, ce qui la d\u00e9sesp\u00e9rait encore davantage.<\/p>\n\n\n\n<p>Que faire ? Baisser les yeux toute la journ\u00e9e ou apprendre \u00e0 s&rsquo;aimer ?<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me solution finit peu \u00e0 peu \u00e0 gagner du terrain, tout doucement, \u00e0 son insu. Elle a remarqu\u00e9 peu \u00e0 peu la beaut\u00e9 de son pied au lever, la courbure douce et harmonieuse d&rsquo;un sein ou d&rsquo;une hanche au saut du lit, la douceur nacr\u00e9e de sa peau\u2026Elle se sentit joyeuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Au salon les diff\u00e9rents miroirs multipliaient les bouquets de fleurs qu&rsquo;elle aimait composer, les objets, tableaux, tables de No\u00ebl \u00e9tincelantes o\u00f9 les bougies se refl\u00e9taient \u00e0 l&rsquo;infini, comme si la vie n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;une f\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu, elle s&rsquo;est aim\u00e9e et regard\u00e9e parler, chanter, vivre, de plus en plus en paix avec elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on lui demande pourquoi il y a tant de glaces autour d&rsquo;elle, elle ne vous r\u00e9pondra pas, mais sourira \u00e0 son image en pensant au chemin parcouru. Elle se regarda penser, r\u00e9fl\u00e9chir, r\u00e9agir aux discours des autres, mais aussi \u00e9tablir un dialogue avec elle-m\u00eame , s&rsquo;interroger et l&rsquo;interroger\u2026Que dit de moi ce miroir, se dit elle, cette image que je pr\u00e9sente aux autres ? Miroir, mon beau miroir, que refl\u00e8tes tu de moi ? Si je rougis, tu ne m\u2019\u00e9pargnes rien, je ne peux rentrer sous terre\u2026tu me fais peur parfois ou me tranquillise, j&rsquo;apprends ainsi \u00e0 mieux me conna\u00eetre en m&rsquo;observant dans ton reflet. Ces images de moi qui d\u00e9filent de pi\u00e8ce en pi\u00e8ce me suivent, me poursuivent, me d\u00e9crivent, captant toutes mes \u00e9motions jour apr\u00e8s jour, heure apr\u00e8s heure\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle aima se regarder vivre avec joie et bienveillance, se surprit \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter un discours, des r\u00e9pliques, \u00e0 grimacer, \u00e0 rire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Miroir, mon beau miroir, avec toi, se dit elle en se regardant, j&rsquo;ai gravi le sommet d&rsquo;une montagne qui me semblait inaccessible, pour arriver \u00e0 l&rsquo;acceptation de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se sentit heureuse et fi\u00e8re d&rsquo;elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Claire Lasserre : octobre 2021<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-aab-accordion-block aab__accordion_container\" style=\"border:1px solid #0000ff;margin-top:0px;margin-bottom:15px;border-radius:0px\"><div class=\"aab__accordion_head aab_right_icon\" data-active=\"false\" style=\"color:#333333;background-color:transparent;padding:10px 15px 10px 15px\"><div class=\"aab__accordion_heading aab_right_icon\"><h4 class=\"aab__accordion_title\" style=\"margin:0;color:#333333\">Une rencontre et ses suites : H\u00e9l\u00e8ne Deprat<\/h4><\/div><div class=\"aab__accordion_icon\" style=\"color:#333333;background-color:transparent\"><span class=\"aab__icon dashicons dashicons-plus-alt2\"><\/span><\/div><\/div><div class=\"aab__accordion_body \" role=\"region\" style=\"background-color:transparent;border-top:1px solid #0000ff;padding:10px 15px 10px 15px\">\n<p class=\"has-white-color has-green-background-color has-text-color has-background\">La premi\u00e8re fois o\u00f9 elle le vit elle ne remarqua ni son \u00e9l\u00e9gant costume bleu marine, ni le foulard de soie dans le col de sa chemise blanche, ni m\u00eame son parfum dont pourtant il s\u2019aspergeait avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 avant chaque sortie en soci\u00e9t\u00e9. Non, ce qu\u2019elle remarqua ce sont ses poignets. Plus exactement le poignet droit car il \u00e9tait assis \u00e0 sa gauche et elle l\u2019avait quasiment sous le nez. C\u2019\u00e9tait un poignet d\u2019un blanc mat, sans poils apparents, fin et nerveux, tant\u00f4t cach\u00e9, tant\u00f4t d\u00e9voil\u00e9 suivant le glissement de son bracelet montre en acier bross\u00e9. Le mouvement avait quelque chose d\u2019hypnotique. <\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait l\u00e2ch\u00e9 la conversation qui bruissait autour de la table, le phraseur et casse pieds dipl\u00f4m\u00e9 en face d\u2019elle s\u2019\u00e9tant empar\u00e9 de la parole avec l\u2019intention \u00e9vidente de ne plus la quitter, elle saisit cette occasion de fuite qui lui \u00e9tait offerte. Avec reconnaissance ! Elle voguait loin du salon drap\u00e9 de velours couleur aubergine et de la table aux porcelaines brillantes. Elle \u00e9tait partie sur une \u00eele grecque, se perdait dans un ciel bleu c\u00e9rul\u00e9um, elle voyait des statues de marbre aux gestes d\u00e9li\u00e9s, des corps de pierre douce et blanche comme de la craie, des mains aux doigts volontaires, des poignets fragiles. Fragiles ? Oui, fragiles, \u00e0 demi cach\u00e9s dans l\u2019ombre des formes. Qui dit cach\u00e9 dit pr\u00eat \u00e0 surprendre, myst\u00e9rieux avec quelque chose de nouveau qui peut attiser un d\u00e9sir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Vous nous avez quitt\u00e9s il me semble ? \u00bb prof\u00e9ra la voix du porteur de poignet<\/p>\n\n\n\n<p>Alors elle tourna la t\u00eate et plongea dans un tout autre bleu, celui de ses yeux. Plus de c\u00e6ruleum mais un violet profond, pas de ciel d\u2019\u00e9t\u00e9 mais une atmosph\u00e8re d\u2019orage. Cela ne l\u2019effraya pas, elle n\u2019\u00e9tait pas femme \u00e0 redouter les gros temps. Et puis elle s\u2019ennuyait tellement\u2026 Une conversation s\u2019engagea, \u00e0 mi voix, en marge du brouhaha excessif, presque un chuchotement, des propos sans importance mais tr\u00e8s doux et cette douceur lui plut. Il posait beaucoup de questions, ses mots rebondissaient avec agilit\u00e9, il cherchait \u00e0 conna\u00eetre ses go\u00fbts et cela la flatta. S\u2019\u00e9tant un peu approch\u00e9e de lui elle se mit \u00e0 percevoir son odeur qui \u00e9tait forte et p\u00e9n\u00e9trante. Elle avait d\u00e9j\u00e0 senti ce parfum mais n\u2019arrivait pas \u00e0 mettre un nom sur cette fragrance pourtant connue. Elle cherchait sans trouver et pendant ce temps le c\u00e9l\u00e8bre jus d\u00e9veloppait tranquillement son don d\u2019envo\u00fbtement. Il finit de la s\u00e9duire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Allons, se dit elle, ce d\u00eener trop conventionnel pourrait avoir un heureux d\u00e9nouement&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis vint le temps ou elle sut sans h\u00e9sitation que \u00ab Terre \u00bb d&rsquo;Herm\u00e8s \u00e9tait le parfum de l\u2019homme. Partout o\u00f9 il passait son sillage le suivait, le parfum l\u2019annon\u00e7ait. Elle avait appris \u00e0 le reconna\u00eetre, d\u2019abord attentive, pleine d\u2019esp\u00e9rance, \u00e9mue, et puis quelques mois apr\u00e8s craintive et pleine d\u2019angoisse. Le poignet droit, le beau poignet qu\u2019elle avait ador\u00e9 qui subtilement diffusait le parfum dans chacun de ses geste, ce poignet droit savait aussi frapper. D\u2019un revers de main il guidait les gifles avec pr\u00e9cision, avec une m\u00e9chancet\u00e9 raffin\u00e9e, assur\u00e9e, implacable !<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9l\u00e8ne Delprat : le 25 novembre 2021<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-aab-accordion-block aab__accordion_container\" style=\"border:1px solid #0000ff;margin-top:0px;margin-bottom:15px;border-radius:0px\"><div class=\"aab__accordion_head aab_right_icon\" data-active=\"false\" style=\"color:#333333;background-color:transparent;padding:10px 15px 10px 15px\"><div class=\"aab__accordion_heading aab_right_icon\"><h4 class=\"aab__accordion_title\" style=\"margin:0;color:#333333\">La dame du kiosque : Jean-Pierre Mailhan<\/h4><\/div><div class=\"aab__accordion_icon\" style=\"color:#333333;background-color:transparent\"><span class=\"aab__icon dashicons dashicons-plus-alt2\"><\/span><\/div><\/div><div class=\"aab__accordion_body \" role=\"region\" style=\"background-color:transparent;border-top:1px solid #0000ff;padding:10px 15px 10px 15px\">\n<p class=\"has-light-gray-color has-green-background-color has-text-color has-background\">Succombant \u00e0 ma fac\u00e9tieuse habitude du pseudonyme impos\u00e9, je la surnomme la gardienne du phare, la vestale du temple, voire le sphinx de l\u2019\u00eele, et m\u00eame Mona Lisa. En r\u00e9alit\u00e9, elle remplit une fonction plus banale : elle est recluse dans un minuscule kiosque \u00e0 journaux. Fr\u00eale chandelle au fond d\u2019une grotte, son visage impassible se confond avec les portraits des magazines qui l\u2019entourent d\u2019une ronde changeante. Que dis-je, ils ne l\u2019entourent pas, ils l\u2019envahissent, ils l\u2019\u00e9touffent, ils l\u2019asservissent !<\/p>\n\n\n\n<p>Il est pourtant bien sympathique ce petit kiosque \u00e0 journaux, minuscule ambassadeur de l\u2019information et de la culture, jouant des coudes pour se faire une place au milieu des boutiques de pr\u00eat-\u00e0-porter, de d\u00e9coration, de bijoux et de parfums. Un \u00eelot de r\u00e9sistance cern\u00e9 par les vagues incessantes de l\u2019apparence et du superflu.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9guli\u00e8rement, j\u2019aborde l\u2019\u00eele pour y acheter mes p\u00e9riodiques et je me questionne \u00e0 propos de la gardienne du lieu. Est-elle grande ? Petite ? Assortie de jolies jambes ? Que c\u2019est frustrant de ne conna\u00eetre d\u2019une inconnue que son visage et la naissance de son buste ! Quant au caract\u00e8re, sa situation g\u00e9n\u00e8re une inqui\u00e9tude : elle doit \u00eatre fatalement r\u00e9sign\u00e9e pour accepter un travail, assise sur un tabouret, dans la demi-p\u00e9nombre, condamn\u00e9e \u00e0 n\u2019\u00e9changer que des relations furtives avec les clients. Peut-\u00eatre est-elle handicap\u00e9e ? Non, fausse piste, l\u2019exigu\u00eft\u00e9 de son poste de travail est incompatible avec un fauteuil roulant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma vestale de la presse ne profite pas de sa situation pour lire entre deux ventes ; elle regarde devant elle, toujours tristement, humblement. A quoi peut-elle penser ainsi ? A un espace lumineux ? A des rires d\u2019enfants ? A une promenade sur du sable chaud ?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, je me trompe, elle n\u2019est pas gardienne de phare, mais en exil. En exil social, en exil affectif. J\u2019ignore si, le soir, elle rejoint quelqu\u2019un ; mais que peut-elle lui raconter ? Que peut-elle lui offrir de sa journ\u00e9e, de son coma quotidien ?<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la mauvaise saison revient, c\u2019est pire. Elle quitte sa mini grotte pour s\u2019enfoncer dans la p\u00e9nombre hivernale. Elle est peut-\u00eatre d\u2019origine scandinave, rompue aux nuits interminables ?<\/p>\n\n\n\n<p>A chaque fois que je lui ach\u00e8te un journal, je tente de trouver une lueur d\u2019espoir dans ce visage ferm\u00e9. Une fois, j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 mendier un sourire, un v\u00e9ritable trait de lumi\u00e8re enchantant les lieux. Un sourire un peu triste mais charmant.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le grand horloger pouvait m\u2019assister, il me bricolerait une co\u00efncidence entre son d\u00e9part de l\u2019\u00eelot et mon passage \u00e0 proximit\u00e9. D\u2019un coup de baguette magique, il m\u00e9tamorphoserait la femme-tronc en pi\u00e9tonne et, m\u2019engouffrant dans cette br\u00e8che temporelle, je m\u2019autoriserais \u00e0 l\u2019aborder. Pas pour une vulgaire tentative de s\u00e9duction, mais pour en savoir davantage, pour que le fant\u00f4me se fasse chair.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, finalement, elle est peut-\u00eatre heureuse ainsi, prot\u00e9g\u00e9e par un cocon de feuilles de journaux, nich\u00e9e au c\u0153ur d\u2019un bouquet dont les p\u00e9tales de papier sont adroitement d\u00e9tach\u00e9s par des inconnus. Elle aime peut-\u00eatre son terrier, sans pr\u00e9sence d\u2019employeur, sans devoir haranguer les passants, sans objectifs \u00e0 r\u00e9aliser.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, elle quittera d\u00e9finitivement son esquif et je ne la reverrai plus. Celui-ci sera englouti par la modernit\u00e9 ou confi\u00e9 \u00e0 une autre sentinelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me souviendrai que d\u2019une ombre et puis je l\u2019oublierai, archiv\u00e9e parmi <em>les passantes <\/em>ch\u00e8res \u00e0 tonton Georges\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Pierre Mailhan : d\u00e9cembre 2021<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-aab-accordion-block aab__accordion_container\" style=\"border:1px solid #0000ff;margin-top:0px;margin-bottom:15px;border-radius:0px\"><div class=\"aab__accordion_head aab_right_icon\" data-active=\"false\" style=\"color:#333333;background-color:transparent;padding:10px 15px 10px 15px\"><div class=\"aab__accordion_heading aab_right_icon\"><h4 class=\"aab__accordion_title\" style=\"margin:0;color:#333333\">L\u2019histoire absurde d\u2019Oxymore : Fran\u00e7oise Millon<\/h4><\/div><div class=\"aab__accordion_icon\" style=\"color:#333333;background-color:transparent\"><span class=\"aab__icon dashicons dashicons-plus-alt2\"><\/span><\/div><\/div><div class=\"aab__accordion_body \" role=\"region\" style=\"background-color:transparent;border-top:1px solid #0000ff;padding:10px 15px 10px 15px\">\n<p class=\"has-light-gray-color has-green-background-color has-text-color has-background\">La petite est n\u00e9e en pleine nuit, aux alentours de sept heures du matin, \u00e0 l\u2019heure du caf\u00e9 cr\u00e8me bien mousseux ou du petit blanc bien pisseux \u2013 je ne trancherai pas, m\u00eame si j\u2019ai un avis objectif sur la question. De toute fa\u00e7on, personne ne m\u2019a demand\u00e9 mon avis et je serais bien avis\u00e9e de le garder pour les autres en ces temps d\u2019intol\u00e9rance mod\u00e9r\u00e9e. Je cache d\u2019ordinaire cet avis derri\u00e8re un chapeau rouge \u00e0 large bord car j\u2019aime passer inaper\u00e7ue.<\/p>\n\n\n\n<p>Je portais donc ce discret chapeau rouge quand j\u2019ai appris la naissance d\u2019Oxymore. Elle est tr\u00e8s grande, m\u2019a annonc\u00e9 fi\u00e8rement la grand-m\u00e8re qui, elle, est toute petite. Plut\u00f4t basan\u00e9e. Moi, les tailles et les couleurs, je n\u2019men soucie gu\u00e8re, comme dit mon cousin germain. Et justement, la petite grand-m\u00e8re c\u2019est ma cousine germaine, mais ce n\u2019est pas la s\u0153ur de mon cousin germain qui s\u2019appelle Paul et qui est fils unique et de bonne famille. Elle appartient \u00e0 l\u2019autre branche de la famille, ma cousine germaine, le c\u00f4t\u00e9 paternel. C\u2019est l\u2019a\u00een\u00e9e d\u2019une fratrie de quatre, m\u00eame si elle n\u2019a que des s\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<p>La voil\u00e0 donc grand-m\u00e8re pour la troisi\u00e8me fois et c\u2019est encore une fille. Peut-\u00eatre un gar\u00e7on manqu\u00e9, cette fois. On peut toujours esp\u00e9rer, m\u00eame si moi je n\u2019attends plus rien. Je prends les choses comme elles viennent. Et si elles ne viennent pas, je r\u00e9cite discr\u00e8tement \u00e0 voix haute une de ces pri\u00e8res ath\u00e9es dont j\u2019ai le secret. Il arrive que \u00e7a marche, mais je ne cours pas apr\u00e8s la r\u00e9ussite. La r\u00e9ussite c\u2019est quoi ? Un \u00e9chec rat\u00e9, un r\u00e2teau \u00e9vit\u00e9, un vide qui se remplit\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La petite est n\u00e9e en pleine nuit, r\u00e9veillant sa m\u00e8re pour la premi\u00e8re fois et sans doute pas la derni\u00e8re. La derni\u00e8re fois que j\u2019ai vu la future m\u00e8re, elle se plaignait de mal dormir. Qui dort d\u00eene, dit-on. Voil\u00e0 pourquoi elle grossissait. La petite est tr\u00e8s grande, s\u2019est vant\u00e9e la grand-m\u00e8re en toute modestie. Mais comme j\u2019avais l\u2019intention de lui offrir des livres, je n\u2019avais pas besoin de conna\u00eetre sa taille ou la couleur de ses yeux bleus. Je n\u2019avais pas besoin de conna\u00eetre les go\u00fbts probablement insipides des parents g\u00e2teux. Je n\u2019avais pas besoin puisque j\u2019allais lui offrir de la lecture. De la litt\u00e9rature enfantine\u2026 mais pas trop, puisqu\u2019elle est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s grande. J\u2019allais participer \u00e0 son \u00e9veil\u2026 mais pas trop car il faut bien la laisser dormir et se reposer les parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7oise Million : le 13 janvier 2022<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-aab-accordion-block aab__accordion_container\" style=\"border:1px solid #0000ff;margin-top:0px;margin-bottom:15px;border-radius:0px\"><div class=\"aab__accordion_head aab_right_icon\" data-active=\"false\" style=\"color:#333333;background-color:transparent;padding:10px 15px 10px 15px\"><div class=\"aab__accordion_heading aab_right_icon\"><h4 class=\"aab__accordion_title\" style=\"margin:0;color:#333333\">Animal et m\u00e9taphores : Th\u00e9r\u00e8se Martin<\/h4><\/div><div class=\"aab__accordion_icon\" style=\"color:#333333;background-color:transparent\"><span class=\"aab__icon dashicons dashicons-plus-alt2\"><\/span><\/div><\/div><div class=\"aab__accordion_body \" role=\"region\" style=\"background-color:transparent;border-top:1px solid #0000ff;padding:10px 15px 10px 15px\">\n<p class=\"has-white-color has-green-background-color has-text-color has-background\">Une belle apr\u00e8s midi au club de loisirs cr\u00e9atifs, l&rsquo;ambiance est sereine&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-color has-green-background-color has-text-color has-background\">La porte s&rsquo;ouvre, une retardatrice&#8230; Oh mon dieu c&rsquo;est Agla\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-color has-green-background-color has-text-color has-background\">Habill\u00e9e de gris comme toujours, ses gr\u00eales jambes moul\u00e9es dans un leggings noir, les yeux globuleux et les l\u00e8vres en cul de poule. Elle s&rsquo;assied, l\u00e9g\u00e8rement, et bavarde&#8230; de sa voix aigue qui ressemble \u00e0 un sifflement, surtout quand elle s&#8217;emballe.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle parle, s&rsquo;arr\u00eate puis reprend son discours&#8230; Que \u00e7a m&rsquo;\u00e9nerve !<\/p>\n\n\n\n<p>Et je sens que la peau me d\u00e9mange&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0, encore aujourd&rsquo;hui elle ne tient pas en place !<\/p>\n\n\n\n<p>Et que je me l\u00e8ve, vais voir une copine puis la d\u00e9laisse pour une autre. Elle virevolte et au passage tripote les ouvrages des unes et des autres, les abandonne&#8230; sans s&rsquo;arr\u00eater de susurrer et resusurer son chant disharmonieux qui me met les sens en alerte !<\/p>\n\n\n\n<p>Enfer et damnation&#8230; D&rsquo;un bond l\u00e9ger elle s&rsquo;assied \u00e0 cot\u00e9 de moi et sa patte poilue saisit mon ouvrage ! J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 bien \u00e9lev\u00e9e et je me retiens de la balayer d&rsquo;un revers de main\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle insiste, tripote mes aiguilles, mes ciseaux, mes fils.<\/p>\n\n\n\n<p>Argggg ! Un instant elle a pos\u00e9 sa main gr\u00eale sur mon bras&#8230; rien qu&rsquo;un effleurement, mais insupportable et d\u00e9j\u00e0 le bras me cuit !<\/p>\n\n\n\n<p>Ouf elle est partie taquiner quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre&#8230; Elle d\u00e9cr\u00e8te avoir faim et soif, on avance l&rsquo;heure du go\u00fbter pour cette insatiable&#8230; au moins boire et manger la fera rester \u00e0 sa place et se taire !<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin un peu de calme, mon imagination saisit l&rsquo;occasion pour divaguer&#8230; Sa tasse de th\u00e9 se transforme en une tasse de sang, bien rouge et bien sucr\u00e9 comme le mien, ses l\u00e8vres sont devenues une trompe et elles aspirent, aspirent avec d\u00e9lectation. Et je r\u00eave d&rsquo;une tapette g\u00e9ante\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et paf Agla\u00e9 !!!!<\/p>\n\n\n\n<p>Rejoins donc ton monde, celui des amateurs de sang frais, des emmerdeurs en tout genre et des ind\u00e9sirables !<\/p>\n\n\n\n<p>Th\u00e9r\u00e8se Martin : f\u00e9vrier 2022<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-aab-accordion-block aab__accordion_container\" style=\"border:1px solid #0000ff;margin-top:0px;margin-bottom:15px;border-radius:0px\"><div class=\"aab__accordion_head aab_right_icon\" data-active=\"false\" style=\"color:#333333;background-color:transparent;padding:10px 15px 10px 15px\"><div class=\"aab__accordion_heading aab_right_icon\"><h4 class=\"aab__accordion_title\" style=\"margin:0;color:#333333\">Le zoom et le corps : Myriam Contal<\/h4><\/div><div class=\"aab__accordion_icon\" style=\"color:#333333;background-color:transparent\"><span class=\"aab__icon dashicons dashicons-plus-alt2\"><\/span><\/div><\/div><div class=\"aab__accordion_body \" role=\"region\" style=\"background-color:transparent;border-top:1px solid #0000ff;padding:10px 15px 10px 15px\">\n<p class=\"has-light-gray-color has-green-background-color has-text-color has-background\">Juillet 2015. Premier jour des vacances. Le moment prometteur d&rsquo;une longue perspective de libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-white-color has-green-background-color has-text-color has-background\">Pour l&rsquo;heure, je suis encore couch\u00e9e, bien cal\u00e9e sur deux oreillers. Je d\u00e9couvre la m\u00e9tamorphose de Kafka. Je parcours avec int\u00e9r\u00eat les transformations de Gr\u00e9gor. le comique de sa situation, Gr\u00e9gor le gros insecte qui enquiquine tout le monde, ha ha ha\u2026\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Saisie comme souvent par un engourdissement, je replie le livre et ferme les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me laisse aller\u2026C&rsquo;est alors que je ressens une l\u00e9g\u00e8re tension. Non, c&rsquo;est mon imagination, oublions.<\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t je vais rejoindre l&rsquo;Angleterre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma l\u00e8vre accroche.<\/p>\n\n\n\n<p>Londres, la Tamise.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passe un doigt sur une gencive devenue tendue et plus chaude.<\/p>\n\n\n\n<p>Le British Mus\u00e9um, Buckingham Palace.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;y crois pas. Cela ne m&rsquo;arrange pas. Il faut que je me l\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>Debout devant le miroir de la salle de bain, je soul\u00e8ve ma babine. Rouge, rouge vif comme les fesses d&rsquo;un babouin, tendue comme un ballon de baudruche.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes larges incisives plant\u00e9es dans cette viande lisse et luisante semblent s&rsquo;enfoncer, submerg\u00e9es par cette chair boursoufl\u00e9e. Je regarde le spectacle. Jusqu&rsquo;o\u00f9 cette tension bipartite ira-t-elle ? <\/p>\n\n\n\n<p>Mes l\u00e8vres ne s&rsquo;ajustent plus, je vais devoir circuler capot ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce un mauvais sort jet\u00e9 par l\u2019auteur de la m\u00e9tamorphose ? Ce boudin rend ma gencive \u00e9trang\u00e8re. J&rsquo;ai envie de percer cette peau, de savoir ce qui se nide \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut \u00eatre que le gonflement va s&rsquo;amplifier. Gr\u00e9gor insecte et moi porcinette. J&rsquo;ai envie de m&rsquo;arracher ce groin, cette bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>Grotesque botox\u00e9e un max. J&rsquo;ai envie de lac\u00e9rer cette boursouflure, de la franger r\u00e9guli\u00e8rement pour qu&rsquo;elle s&rsquo;aplatisse comme un chien confus. Lui faire mal me soulagerait de cette angoisse croissante. Je voudrais jouir de sa d\u00e9faite, de sa d\u00e9route, de son ressac. La martyriser pour l&rsquo;audace de son attaque, la r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Son bouillonnement de sang a pinc\u00e9 ma m\u00e9moire, celle d&rsquo;une parcelle oubli\u00e9e de mon corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Myriam Contal : mars 2022<\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Aphyllanthe a le plaisir de vous pr\u00e9senter une s\u00e9lection des textes des participants \u00e0 l&rsquo;atelier d\u2019\u00e9criture anim\u00e9 par Sylvie Reymond-Bagur depuis l&rsquo;automne 2021.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14956,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-16355","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique-bibliotheque"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16355","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16355"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16355\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16356,"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16355\/revisions\/16356"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14956"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16355"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16355"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aphyllanthe.fr\/association\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16355"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}